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Le Prix Solidarité: œuvrer pour une société plus inclusive
Sep 2026 - 5 minutes
Le Prix Retraites Populaires Solidarité 2026 distingue six projets vaudois en faveur de l’inclusion et qui œuvrent pour une société où chacune et chacun trouve sa place. Retenus parmi 52 candidatures, ils ont convaincu le jury par leur pertinence, leur faisabilité et leur capacité à créer du lien.
À travers ce prix, Retraites Populaires souhaite soutenir des projets qui contribuent à créer une société plus inclusive, où chaque individu, indépendamment de son origine, de son âge, de son genre et de ses capacités ou connaissances, trouve sa place et peut participer pleinement à la vie communautaire. Lors de la remise des prix, le public a pu choisir le projet auquel il souhaitait attribuer son Coup de cœur. Celui-ci a été décerné au projet Groupe de liaison des activités de jeunesse. Au total, une enveloppe de 200 000 francs a été répartie entre les lauréats. L’événement s’est déroulé à la Ferme des Tilleuls, le 27 août dernier.
Un des critères de sélection déterminant était que, sans ce soutien, les projets n’auraient pas pu voir le jour. Le prix ne revêt donc pas seulement une valeur symbolique: il leur permet d’exister.
Les 6 projets primés:
Osons, lisons!
L’association Lignes, qui œuvre pour rendre la lecture plus accessible aux adultes éloignés des livres, créera avec des personnes détenues aux Établissements de la plaine de l’Orbe un roman « facile à lire ». Le texte, au vocabulaire simple et aux phrases courtes, sera écrit pour qu’un livre entier devienne accessible même à celles et ceux qui lisent peu.
Programme Libellule Adolescents
Une boutique pédagogique proposant des outils adaptés ainsi que des ateliers pratiques équipés de matériel spécifique offriront à des jeunes au fonctionnement cérébral et cognitif différent, en rupture scolaire ou professionnelle, un cadre sécurisant où reprendre confiance, développer leurs compétences et révéler leur potentiel.
Marché de Noël à Morges
Avec la Fondation Polyval, l’événement intégrera des personnes en situation de handicap dans des tâches visibles et valorisantes, avec un accompagnement adapté. Il visera aussi à sensibiliser les visiteurs et à favoriser un meilleur accueil des personnes en situation de handicap, au-delà du marché de Noël.
Banque de matériel
Le Groupe de liaison des activités de jeunesse (GLAJ) mettra à disposition, à un prix symbolique, du matériel de camping afin que davantage d’enfants puissent participer aux activités de jeunesse, tout en favorisant le réemploi.

Fresque – Migrations et droits de l’enfant
Terre des Hommes et l’association Trames créeront avec des jeunes issus de la migration un outil pédagogique pour mieux faire connaître leurs parcours et leurs droits et prévenir le racisme.
Notre vie en zigzag
L’association As'trame Vaud proposera des groupes de parole aux enfants et aux parents confrontés à la maladie psychique au sein de leur famille, afin de rompre l’isolement et de mieux les accompagner.
Jean-François Michelet: le goût des autres au service de la solidarité
Connu du public pour l’émission Caravane FM, Jean-François Michelet sait faire parler celles et ceux que l’on entend peu. Cette attention à l’autre nourrit aujourd’hui son regard de juré du Prix Retraites Populaires Solidarité.
Sur la porte d’entrée d’un restaurant à la gare de Lausanne, un panneau invite à « Prendre le temps ». Est-ce le lieu ou l’interlocuteur avec lequel on a rendez-vous? Face à Jean-François Michelet, on a en tout cas l’impression d’avoir appuyé sur pause. Le temps de l’entretien se transforme en parenthèse: une occasion de parler et de s’écouter vraiment.
Comment expliquez-vous que l’on se confie si facilement à vous? Quel est votre secret?
Il suffit de prendre le temps. Le temps de s’asseoir, de se rencontrer, de donner à l’autre la parole et de l’attention. Nous n’avons plus l’habitude aujourd’hui de rencontrer vraiment l’autre. Il y a aussi quelque chose qui peut paraître un peu bateau, mais auquel je crois profondément: c’est l’amour. La personne qui s’assied à côté de nous pendant une heure, je crois que nous l’aimons vraiment. Je suis intimement persuadé qu’il n’y a pas un humain sur terre qui ne soit pas extraordinaire.
Comment le passage de votre caravane arrive-t-il à changer le rapport entre les gens?
La caravane crée un état d’esprit: ici, on s’écoute. Lors de notre première émission dans un home, un résident nous a dit qu’il croisait depuis longtemps une dame qui habitait la chambre voisine sans vraiment la connaître. Après l’avoir entendue à la radio, il était ravi de cette nouvelle rencontre. Garder pour soi ce qui nous touche est une sorte de « pudeur » suisse. Dans la caravane, d’abord on ne sait pas trop ce que l’on va se dire, on s’assied, on se gêne un petit peu… et alors, certains déposent quelque chose. Ensuite, c’est comme des liens qui se tissent entre ceux qui racontent et ceux qui écoutent la radio.
« Dans la caravane, d’abord on ne sait pas trop ce que l’on va se dire, on s’assied, on se gêne un petit peu… »
Vous avez analysé plus de 50 projets pour le Prix Solidarité. Avez-vous été surpris du nombre de personnes mises à l’écart dans notre société?
Je n’ai pas été surpris par la diversité des publics concernés, car avec Caravane FM, nous avons rencontré beaucoup de personnes touchées par différentes formes d’exclusion. Entrer en prison m’a par exemple beaucoup marqué. Certains détenus nous disaient se sentir mieux dedans que dehors. En prison, ils avaient au moins un cadre et une place. Cela raconte beaucoup de choses sur la société, à quel point elle peut être un milieu peu rassurant lorsqu’on en est exclu. Avec Caravane FM, nous allons souvent dans des lieux où l’humain est blessé, physiquement, moralement ou psychiquement. Il s’agit d’accueillir cette blessure, puis d’essayer de voir, au-delà, ce qui réunit.
D’où vous viennent cet optimisme et ce goût des autres?
Je suis né avec des pieds bots, j’ai subi dix opérations entre l’âge de cinq mois et 14 ans. Après chacune d’elles, j’ai dû véritablement réapprendre à marcher. Chaque fois, je me suis relevé, au propre comme au figuré. Lors de ces nombreux séjours à l’hôpital, j’ai également côtoyé des personnes confrontées à des problèmes bien plus graves que les miens. Cela a sans doute développé ma sensibilité à l’autre et forgé mon caractère plutôt optimiste.
Quant au goût des autres, il me vient peut-être de mon enfance à Nendaz et de ma grand-maman Thérèse. Elle adorait prendre le train parce qu’elle était certaine d’y rencontrer quelqu’un. Dans le Valais, fait de vallées éloignées, le village d’en face pouvait déjà représenter un autre monde, avec ses habitudes et sa culture.

On avait envie de savoir d’où venait l’autre, qui était sa famille, comment on vivait chez lui. J’ai toujours perçu cette curiosité comme étant une manière de chercher ce qui pouvait nous relier, en découvrant ce que nos différences pouvaient nous apporter.
Participer à la société: pas si simple pour tout le monde
Les données statistiques permettent d’identifier qui accède aux droits, aux aides et à la vie politique – et qui en reste écarté. Les trois chiffres ci-dessous dressent un état des lieux partiel de quelques publics concernés par la pauvreté, la discrimination raciale et le handicap. Mais l’exclusion touche bien d’autres groupes que ceux mesurés ici.
Taux de pauvreté dans le canton de Vaud
3,9%
Le seuil de pauvreté correspond au minimum nécessaire pour couvrir le logement, l’alimentation et les besoins essentiels, en moyenne suisse, environ 2289 francs par mois pour une personne seule, ou 3989 francs pour un ménage de deux adultes avec deux enfants (CSIAS, 2021).
Sans les aides cantonales et fédérales, ce taux serait presque trois fois plus élevé (11,1%), et pourtant, 22 à 30% des personnes éligibles n’y recourent pas. Leur effet pourrait donc être encore plus fort.
Handicap
79.4%
Selon l’Indice d’inclusion 2026 de Pro Infirmis, en Suisse, quatre personnes en situation de handicap sur cinq (79,4%) – handicap visible ou invisible – éprouvent de fortes limitations de participation sociale dans au moins un domaine de vie examiné.
Discrimination raciale
1 personne sur 6
En 2024, 17% de la population résidante suisse déclarait avoir subi une discrimination raciale au cours des cinq années qui ont précédé. Cette part a presque doublé en 14 ans et reste probablement sousestimée: beaucoup de cas ne sont jamais signalés.
Source: Rapport social vaudois 2026, DSAS / Statistique Vaud, 26.02.2026 – vd.ch ; Indice d’inclusion 2026, étude réalisée pour Pro Infirmis ; SLR, enquête « Vivre ensemble en Suisse » 2024 – frb.admin.ch. Donnée nationale, pas de ventilation vaudoise.
