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Illustation / Photographie article Bella vita

Société

La créativité, source d’émotions positives

Mar 2026 - 4 minutes

Depuis la pandémie, les ateliers de céramique, de peinture ou d’écriture ne désemplissent pas. Beaucoup y cherchent plus qu’un passe-temps: un espace pour souffler et ressentir des émotions positives. Ces pratiques invitent à sortir du mental pour se relier au corps et à l’intuition.

«Les activités créatives génèrent souvent de la sérénité, de l’amusement ou de l’inspiration», explique Tamara Ott, psychologue du travail à l’Université de Genève. «Ces émotions élargissent notre manière de penser et d’agir. On développe plus de curiosité, une ouverture à la nouveauté et une arme face au stress.» En mobilisant les mains et les sens, la créativité agit comme une technique d’ancrage: elle ramène au présent, apaise la rumination et favorise cet état de flow où le temps s’efface. Dans cet espace, l’intuition prend le relais du mental: le geste précède la réflexion. Autrement dit, créer devient un moyen concret de faire naître des émotions positives. «Ce qui compte, ce n’est pas le résultat esthétique, mais le processus: s’autoriser à créer sans l’ombre d’un jugement extérieur est un puissant moteur de liberté intérieure», ajoute-t-elle.

 

La créativité, une nouvelle hygiène mentale ?
Pour Tamara Ott, prendre soin de sa santé mentale passe d’abord par la culture des émotions positives. «Elles ouvrent notre regard, stimulent la créativité et nous aident à nous adapter aux difficultés.» Les activités créatives agissent comme un déclencheur accessible: en mobilisant les mains et les sens, elles apaisent le mental, réduisent la rumination et renforcent la résilience – un rôle proche de celui du sport pour le corps.

 

Apprendre à lâcher prise, couche après couche
Pour Chantal Affentranger, la découverte de la peinture intuitive se fait en plein confinement. Elle travaille alors dans l’événementiel, secteur à l’arrêt complet. Vivant seule, privée des activités sportives qui l’aident d’ordinaire à se ressourcer, elle cherche une autre voie pour «gérer ses émotions».
L’atelier auquel elle participe propose un rituel déroutant: «Tu recouvres toute ta toile avec les mains, tu la laisses sécher, puis on te demande de la recouvrir une deuxième fois, puis une troisième», raconte-t-elle. «Au début tu te dis: j’étais contente de ma première étape! Et pourtant tu recommences deux fois. C’est un vrai exercice de lâcher prise.» En grattant ensuite la surface, les couches réapparaissent, révélant textures, traces et un mélange de couleurs surprenants. «Au départ, j’étais frustrée de tout effacer. Au final, dans 99% des cas le résultat est toujours meilleur.»
 




Peinture de Chantal Affentranger

 

Des toiles comme miroir intérieur
Ses premières créations sont sombres, presque taciturnes. «Je ne m’en rendais pas compte. C’est ma famille qui me l’a fait remarquer.» Au fil des mois, les couleurs s’éclaircissent, accompagnant son propre cheminement. «Parfois j’étais triste, parfois j’étais très joyeuse, mais je ressortais toujours apaisée, avec quelque chose que j’avais créé. Je m’amusais également à les suspendre chez moi sans dire qu’il s’agissait de mes créations en observant les réactions de mes proches.»
Pour Tamara Ott, ces effets s’inscrivent dans la durée: les émotions positives renforcent le sentiment d’efficacité personnelle. En transformant la matière, on redécouvre sa capacité à agir sur son environnement, ce qui booste la résilience. «En reparler, garder une trace, permet de prolonger l’expérience au-delà de l’atelier.»

 

«Je savais déjà que le sport m’aidait à réguler mon stress. J’ai découvert qu’on peut aussi se détendre par la création.»


Se découvrir autrement
Chantal, aujourd’hui cadre dans le domaine du sport, se décrit comme très cartésienne dans la tête et pragmatique. «La peinture a ouvert un autre territoire. Cette pratique m’a beaucoup changée. Je savais déjà que le sport m’aidait à réguler mon stress; j’ai découvert qu’on peut aussi se détendre par la création.»
Créer côte à côte renforce encore le mouvement: «J’ai vu des personnes persuadées de ne pas être créatives repartir fières de leur toile.» À celles et ceux qui hésitent, Chantal glisse: «Ce n’est pas une question de talent. C’est un cheminement. Il faut juste oser et ne pas réfléchir au résultat.»

 

Après le Covid, le boom des pratiques créatives
Selon l’Office fédéral de la statistique (chiffres publiés en automne 2025), les activités culturelles pratiquées à titre amateur ont nettement progressé depuis la pandémie. En 2024, 27% de la population dessine ou peint (contre 21% en 2019), 15% pratique la poterie ou la céramique (contre 10% en 2019) et 33% la photographie (25% en 2019).