Société
Le réemploi: une tendance qui en jette
Sep 2026 - 5 minutes
Une tour rénovée à Yverdon-les-Bains et une créatrice qui séduit New York depuis Lausanne: deux histoires que rien ne semblait devoir rapprocher, sinon un même geste, réemployer plutôt que jeter.
De la mode à l’immobilier, deux univers a priori très éloignés, le réemploi s’impose comme une véritable tendance de fond, qui gagne peu à peu tous les secteurs.
À Yverdon-les-Bains, des fenêtres pour l’Ukraine
À Yverdon-les-Bains, un immeuble de 14 étages, propriété de la Caisse de pensions de l’État de Vaud (CPEV), vient de changer de peau. La rénovation énergétique de ce bâtiment, menée par Retraites Populaires, est un cas d’école. Une preuve que la construction peut, elle aussi, se montrer plus agile avec ses matériaux.
« Plutôt que de jeter 336 fenêtres encore en bon état, nous avons d’abord pensé à Salza.ch, une plateforme suisse de réemploi de matériaux dans la construction, mais nous n’avions pas de repreneur immédiat ni de possibilité de stockage. Nous avons réalisé qu’il y avait des besoins énormes en Ukraine et nous avons cherché une association travaillant avec ce pays », raconte Sacha Jeanrenaud, chef de projets immobiliers de Retraites Populaires. Après avoir pris contact avec Re-Win, une association bâloise engagée dans la reconstruction en zones sinistrées, les équipes ont organisé la récupération des fenêtres: déposées sur palettes, elles ont déjà rempli deux camions.

Un dernier voyage est prévu avant l’hiver. « Il s’agit d’une première, pour la CPEV comme pour nous, et l’idée est d’en faire un exemple », ajoute-t-il. Ces fenêtres n’étaient pas défectueuses: elles ont été remplacées uniquement pour répondre aux nouvelles exigences énergétiques du bâtiment. Retraites Populaires envisage d’appliquer cette même logique de réemploi à d’autres objets.
Ce que ça change vraiment
Ces 336 fenêtres, démontées avec soin pendant les travaux, échappent à la benne pour bénéficier d’un seconde vie en Ukraine. Elles permettront d’éviter la fabrication de fenêtres neuves – donc l’énergie et les matières premières que cela aurait généré – pour un bénéfice climatique équivalent à dix fois le tour du monde en voiture.
Diana Rikasari, la mode qui ne jette rien
Loin des chantiers, ce même esprit anime les dressings lausannois. En ce jour de semaine, la boutique Rework ne désemplit pas. Diana Rikasari y répond aux questions des clientes et clients, qui ne cherchent pas forcément le prix le plus bas mais une pièce unique, aussi tendance que durable. Cette créatrice indonésienne s’est tournée vers le réemploi en 2020, lassée des dérives de la fast fashion. Sa devise, épinglée sur son propre vêtement: « I am a creative person because I think it’s the better way to see life » 1.
« Pourquoi continuer à produire de nouveaux matériaux ? Il y en a déjà tellement, surtout du textile », lance-t-elle. « Pour moi, l’upcycling, c’est une plus-value, pas du rabais. Les matériaux sont limités, donc ça demande plus de créativité. Je considère chaque pièce comme une œuvre d’art », précise-t-elle. Pour limiter le transport, elle chine au plus près, à la déchetterie de Lausanne, à Étagnières, Froideville, parfois jusqu’à Bâle ou Zurich, puis déconstruit pour recomposer. 
L’étiquette d’origine est volontairement conservée sur chaque création, pour que ses deux histoires cohabitent. Repérée bien au-delà de Lausanne, Diana Rikasari a collaboré avec la marque espagnole Outsiders Division et ses pièces sont vendues chez Urban Outfitters à New York. Dans son atelier, un patchwork cousu à partir des habits de bébé de ses enfants porte une devise brodée à la machine: «Everyday is a chance to do better » 2. Son travail n’est pas sans rappeler celui du Valaisan Kevin Germanier – habilleur des JO de Paris, récemment exposé au mudac et auteur de l’affiche du Montreux Jazz Festival – , qui transforme lui aussi des matériaux déjà utilisés en pièces désirables.
1 « Je suis une personne créative parce que je pense que c’est la meilleure façon d’aborder la vie. »
2 « Chaque jour est l’occasion de faire mieux. »
Où trouver ses créations
Diana Rikasari vend ses créations à Lausanne, chez Rework à la rue Saint-Laurent, et sur dianarikasari.com. Elle anime aussi des ateliers d’upcycling ouverts au public.